----------☆Je claque la porte de ma chambre et m'effondre sur mon lit, le visage noyé de larmes. Je suis à bout de nerf. Je n'en peux plus. Je me sens fatigué, inutile. Indésirable même. Ca, je l'ai lu dans ses yeux. Moi, je suis Tom, Tom Kaulitz né le 1er septembre 1989 à 18h50. Lui, c'est Bill. Bill Kaulitz, né ce même jour à 19h00. Quatre mois. Quatre putains de mois que je le vois se détruire. Et je suis là, impuissant, à le regarder. Il ne me laisse même pas le soutenir. Il joue l'égoïste. Il bousille sa vie... et la mienne. Il se tue à petit feu. Il est mon jumeau. S'il meurt, je meurs. Je l'aime...
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Tom
Bill
_______Un bruit sourd me réveille en sursaut. Catastrophé, je me lève et me précipite dans le couloir. Et je le vois là, à genou dans les escaliers, une seringue brisée dans la main droite. Il n'a pas remarqué ma présence. Ses yeux sont fixés sur cette seringue dont le contenu, légèrement jaunâtre, se mêle à son sang et tâche le parquet ciré des marches. Une larme menace de s'échapper de mes yeux mais je la retiens. Doucement, je m'approche de lui. Je ne dois pas faire de gestes brusques. Quand il est dans cet état, il est tel une bête apeurée. Il est agressif, dangereux. Je m'agenouille près de lui et pose ma main sur son épaule. J'ai peur. Mon c½ur bat la chamade. Mes yeux me piquent de plus en plus. Mais je ne pleurerais pas. Je dois être fort. Pour lui...
« - Bill... »
_______Il lève enfin ses yeux vers moi. Ses pupilles sont dilatées et cernées de rouge. Son regard est noir, mauvais. Pour la première fois depuis quatre mois, j'ose le détailler. Il porte un maillot noir et un jean que même sa ceinture peine à faire tenir sur ses hanches. Ses bras sont décharnés et emplis de bleus. Son visage est squelettique, blanc. Le maquillage autour de ses yeux, du noir, ne dissimulent en rien ses cernes violacées. Il est fatigué mon frère. Fatigué et affaiblit. Ses cheveux, avant noirs corbeaux et impeccablement coiffés, laissent apparaître des racines châtaignes et sont sales, pleins de n½uds. Le sang s'écoule toujours de sa main. Ses yeux me fixent toujours. Les miens s'arrêtent sur ses lèvres. Elles sont gercées, ouvertes à certains endroits. Dans mes rêves, elles étaient rosées, attirantes... et douces lorsque je les embrassais. Tout à coup, une douleur lancinante à mon épaule gauche m'arracha un cris. Bill se leva et, titubant, rejoignit sa chambre à côté de la mienne. Il me laissa là, en haut de l'escalier, à genoux, sa seringue ensanglantée plantée dans mon épaule.
_______Après m'être débarrassé de l'aiguille, je me dirigea vers la cuisine dans le but de lui préparer quelque chose à manger. Même si je sais qu'il n'y touchera pas. Le temps que l'eau arrive à ébullition, je m'assis. Je porte mes mains à mon visage et soupire bruyamment. Bill... Je ne sais même plus quoi faire pour lui. Il refuse mon aide. Et moi, je suis perdu. A vrai dire, là, maintenant, j'aurais bien besoin d'un remontant... Mais j'ai proscrit l'alcool de cette maison le jour où j'ai retrouvé Bill, ivre mort dans la salle de bains. Je secoue désespérément la tête à ce souvenir. Je me trouve con d'un coup. Comme si avoir fait ça l'avait empêché de devenir alcoolique. Ce n'est pas ma faute vous me direz. Pourtant, je ne peux m'empêcher de me sentir coupable. A chacune de ses erreurs, je culpabilise. J'ai comme le vague sentiment que tout dépend de moi... Péniblement, je me lève et sors les pâtes de l'eau bouillante.
« - Avec de la sauce ou du gruyère ?... »
_______Nature. Je ne sais même pas pourquoi je me pose cette question vu que son bonheur serait "aromatisées à la vodka". Et voilà que je me mets à faire de l'humour noir... Mon pauvre Tom... Muni d'une assiette et d'une cuillère (ni couteau ni fourchette, il serait capable de me planter), je monte les marches une à une. Mon épaule me fait mal mais j'essaie de ne pas y penser. Maintenant, je suis devant sa porte et je n'ose pas entrer. Je devrais peut-être simplement poser l'assiette par terre et lui signaler qu'il peut venir la chercher... Non Tom ! Ce n'est pas digne d'un homme ça !... Le c½ur battant la chamade, je toque trois coups brefs sur la porte. J'ai toujours peur de ce que je verrais derrière depuis le jour où j'ai retrouvé mon jumeau étendu à terre, les bras scarifiés... Aucune réponse. Je me décide à entrer. Il fait sombre dans sa chambre. Le temps que mes yeux s'accoutument à la pénombre, je le découvre, corps frêle, assis sur son lit, les jambes en tailleur. A l'aide de sa main gauche et de ses dents, il se fait un garrot au bras droit pour faire apparaître ses veines, camouflées sous les bleus d'avoir été trop piquées. Mon c½ur se fend. Je ne supporte pas le voir se détruire. Et il le sait. C'est pourquoi il relève sa tête vers moi et, un grand sourire sur le visage, s'enfonce l'aiguille dans le bras sous mes yeux. Je lâche l'assiette et me précipite vers lui, assez vite pour voir ses yeux se révulser et son corps tomber lourdement sur le matelas. Je le prend dans mes bras et le sers contre mon torse, sachant éperdument qu'il ne se rend déjà plus compte de ma présence. Il est désormais dans un autre monde mon petit frère. Un autre monde que la drogue lui dessine. Un autre monde plus beau puisqu'il le préfère à moi... Oui, mon jumeau est un junkie. Un junkie et un alcoolique... quelque chose roule sur ma joue et se perd dans les cheveux de mon Bill. Je pleure...
_______Assis dans le salon, je joue avec mon portable. Ca fait une heure que je le regarde, n'osant pas faire ce dont je meurs d'envie. N'osant pas composer le numéro qui pourrait m'aider. Lorsque la crise de Bill a commencé, j'ai cru que je pourrais nous en sortir seul. J'ai consacré tout mon temps à mon jumeau. Je n'avais plus de contact avec personne, à part Gustav et Georg. Pourtant, lorsque ce dernier m'a dit que Bill devait aller dans un centre pour se faire soigner, j'ai rompu le dernier contact que j'avais avec le monde extérieur. J'ai dit à Georg que je ne voulais plus jamais le voir, qu'il ne réussirait pas à me séparer de mon frère...
« - De mon Amour... »
_______Ca, je ne le lui ai pas dit... Aujourd'hui, je me rend compte qu'il ne voulait que son bien. Aujourd'hui, je me rend compte que si je l'avais écouté, Bill n'en serait pas là... Mais comment aurais-je pu me douter que mon propre frère, mon sang, ma vie, deviendrait aussi odieux envers moi ? Ca, je ne pouvais pas le deviner. Je ne pouvais même pas l'envisager. Mes pensées se concentrent à nouveau sur mon portable. Je suis à bout... Mais peut-être pas assez puisque j'hésite encore à composer le numéro... Une ombre passe devant moi sans me regarder. Tel un fantôme, elle se dirige vers le cuisine. Oui, c'est ce qu'est devenu mon frère. Un spectre. Je sais que les effets de la drogue sont loin de s'être dissipés. Alors je me lève et vais le rejoindre. Il serait capable de faire une connerie. La cuisine est plongée dans le noir. Il n'aime pas trop la lumière ces derniers temps. Tant pis, il fera avec. Du bout des doigts j'actionne l'interrupteur. Tout s'éclaire et m'apparaissent les meubles, notamment la table ronde placée au milieu de la pièce et entourée de quatre chaises. Bill est assis sur l'une d'elles. Il se tient droit, les mains jointes et posées sur la table, le regard dans le vide. Je ne dis rien et m'assis face à lui. Il ne bouge pas, alors je l'observe... Il est beau mon frère. Même au bord du précipice, même entre la vie et la mort, il est beau. Je le scrute. Pourquoi se détruit-il ainsi ? Et oui, ça fait quatre mois que je me demande quelle est la cause de sa longue descente en enfer...
Il me sourit. Je n'en crois pas mes yeux. Je suis subjugué, scotché. Mon jumeau me sourit... Je le vois se lever, tout doucement. Je ne réagis pas. Il m'a sourit. Toujours lentement, je le vois diriger sa main vers un tiroir. Je ne réagis toujours pas. Il se rassoit face à moi et me regarde. Ses yeux noisette fixent mes prunelles. Les siennes sont encore dilatées, signe que ce putain de poison est encore dans son sang. Il me sourit à nouveau. Je n'en reviens toujours pas. Je ne vois rien venir... Il étend son bras sur la table, sa main tendue vers moi et laissant apparaître son avant-bras à la peau blanche, laiteuse. Si blanche, si pure qu'on voit ses veines dessiner de fins traits bleus jusqu'à sa grosse veine qui elle n'est plus visible, dissimulée sous les hématomes et les points rouges causés par les piqûres. Son autre main, cachée jusqu'alors sous la table, se lève. Mais je ne la vois pas, non. Moi, je lui souris bêtement et pose ma main sur la sienne. Je ne remarque rien. Juste cette lame qui, tout doucement, vient tracer de fins sillons rouges sur la peau blanche de Bill. Il est assis face à moi et me sourit toujours. Mais son sourire est pervers et sa main continue à lacérer le fin épiderme de son bras. C'est là que je me rends compte de ce qu'il fait. Brutalement je me lève et lui arrache le couteau des mains, le jetant à l'autre bout de la pièce. Il rit, comme amusé de ma détresse. Puis son rire s'arrête et, me regardant sérieusement, il me dit :
« - Ne t'en fais pas Tom, j'ai tout prévu... »
_______Calmement, il se lève et se saisit d'une bouteille posée sur le plan de travail, bouteille que je n'avais pas remarquée. Il l'ouvre et déverse son contenu sur ses blessures. Des larmes s'échappent de ses yeux de drogué. Il pleure. Il a mal. Le liquide ruisselant sur sa peau est de l'alcool. Et je me contente de l'observer, le regard perdu. Lorsqu'une goutte fragile s'échappe de mes yeux, il sourit à nouveau. Il sait qu'il a gagné. Je souffre. Il pose alors la bouteille à demi vide et sort de la cuisine. Lorsqu'il passe à mon hauteur, je regarde ses blessures. Elles sont superficielles. Il joue avec mes nerfs.
Et il risque de gagner...